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Œuvres emblématiques

À

la base, c’était un fil reddit sur les œuvres les plus emblématiques de chaque pays d’Europe. Une chouette idée : pour chaque pays, déterminer quelle œuvre est la plus représentative et la placer sur un fond de carte[1]. On y trouve à peu près tout ce à quoi on s’attend : La Joconde, Le Cri, La Jeune Fille à la perle, etc. C’est extrêmement cool.

Une carte d'Europe avec en fond pour chaque pays une œuvre qui en serait emblématique
La carte en question

Évidemment, après, on se demande si on ne pourrait pas être un peu plus rigoureux. Déjà, ça mélange les peintures et les sculptures (et ces dernières rendent moins bien sur la carte). Et puis ça veut dire quoi, exactement, « l’œuvre la plus emblématique » ? halfabluesky, l’auteur de la carte, ne cache pas avoir œuvré de façon subjective, les recensant avec ce qu’il connaissait et avec Google pour le reste. Et puis la correspondance par pays n’est pas très stricte (surtout vers l’est de l’Europe, là où les frontières ont pas mal bougé depuis deux siècles[2]). Est-ce qu’on ne pourrait pas aller plus loin, toutefois ?

Comment mesurer l’importance d’une œuvre ? Je me suis souvenu d’une approche détaillée il y a quelques années pour déterminer les œuvres les plus influentes du 20e siècle : compter le nombre de fois que leur reproduction apparaît dans les manuels scolaires publiés entre 1995 et 2005. Eh, c’est une approche qui vaut ce qui vaut, certainement contestable, statistiquement contestable. Mais après tout, ça donne un résultat et il n’est pas totalement délirant. Pourquoi pas, après tout. C’est une idée.

Considérons, pour les besoins de ce billet de blog, qu’une œuvre est d’autant plus importante qu’elle existe sur de nombreuses versions de Wikipedia (et donc potentiellement connue tout autour du globe). Limitons-nous aux peintures[3] : grâce à la magie de Wikidata, il est possible de récupérer les œuvres peintes au siècle précédent et qui comptent un article sur au moins 5 Wikipedias (ici, la requête SPARQL). À l’heure où j’écris ces lignes, on en compte 189. Sur le podium, Guernica de Picasso, La Persistance de la mémoire de Dalí et Le Baiser de Klimt. Ça semble cohérent. L’approche semble valable.

Revenons à notre carte. Comment lier une œuvre à un pays, alors qu’il n’est même pas sûr que celui-ci existait déjà à l’époque où l’œuvre a été créée[4] ? Allons au plus simple : considérons le lieu de naissance de l’artiste et contentons-nous de regarder dans quels pays actuels il est situé. Bref, il nous faut une requête qui :

  1. considère les peintures ayant un auteur de renseigné[5]
  2. regarde son lieu de naissance[6]
  3. détermine dans quel pays celui-ci se situe
  4. calcule, pour ce pays, quelle peinture à le plus d’entrées en différentes langues sur Wikipédia

Ça tombe bien : c’est totalement faisable[7].

Arrivé là, je me suis dit qu’on pourrait aller plus loin et générer automatiquement une carte similaire à celle du début. Mon approche : prendre une carte du monde au format svg, récupérer les données de Wikidata et utiliser les images comme motif pour les pays appropriés. Au final, j’en ai fait un mini-site. C’est pas bien rapide, c’est lourd, c’est du brutal, mais ça marche[8] !

Une carte du monde présentant, pour les pays où c'est possible, la peinture qui a un article dans le plus de langues sur Wikipédia.
Un monde de peintures

Du coup, quelques remarques :

  • Si on se fie à cette carte, la peinture serait essentiellement un art de l’Europe du 19e siècle.
  • Il faut des entrées sur Wikipédia pour apparaître. La pauvreté du traitement des pays africains est un réel problème[9].
  • De même, si votre pays a traditionnellement privilégié d’autres modes d’expression que la peinture, ou si le concept d’auteur a pu y être moins important, il ne sera pas présent. Aucun résultat en Thaïlande ou en Corée, vraiment ?
  • Sur 115 entrées (un pays peut avoir plusieurs entrées ex-aequo), 30 n’existent que sur une seule Wikipédia : 15 pays ne sont donc représentés que par des peintures présentes dans une seule langue. 82 entrées (47 pays sur 78) n’existent qu’en 5 langues ou moins. Difficile dans ce cas de parler de tableaux « connus » ou « emblématiques »…
  • Lier le lieu de naissance de l’artiste au pays n’est pas forcément bien probant. L’île Maurice est représentée par Henri Le Sidaner, peintre français né à Port-Louis avant d’être ramené en métropole. Pour l’Égypte, c’est le peintre grec Konstantinos Parthenis qui s’y colle.
  • La représentation des données sur Wikidata est importante. Russie et Ukraine sont représentée par le même tableau : La Neuvième Vague. Ivan Aïvazovski est né en Crimée, une région actuellement indiquée comme appartenant en même temps à la Russie et à l’Ukraine sur Wikidata…

(Image d’en-tête : détail de La Liberté guidant le peuple, par Eugène Delacroix (domaine public).)


Notes :

  1. Ce billet comporte des notes de bas de page. Tout le monde aime les notes de bas de page, non ?
  2. De toute façon, si on habite l’ouest de l’Europe, on n’y connait rien à l’art est-européen (« Des icônes, c’est ça ? »). L’Europe de l’Est nous en veut pas mal, d’ailleurs.
  3. Si on voit large et qu’on prend en compte l’intégralité des œuvres d’art (Q838948 sur Wikidata), on se retrouve avec en tête Bambi, Dumbo et la statue du Christ Rédempteur à Rio. En restraignant aux seuls arts visuels (Q4502142) : Guernica, Peanuts et La Bille bleue, la photo de la Terre prise par l’équipage d’Apollo 17. Éclectique.
  4. Ou alors, le pays existait, mais le lieu a changé de main. Ou le concept de pays n’était même pas pertinent. Mais nous sommes sur un simple billet de blog et notre idée de départ – les œuvres emblématiques d’un pays – est déjà passablement peu précise. Bref.
  5. Tu es une œuvre anonyme ultra connue ? Désolé, tu n’apparaîtras pas ici. Je sais, c’est pas super inclusif, j’y peux rien, c’est ma méthodo, pas toi.
  6. On ignore où tu es né ? Même punition.
  7. Merci, Shonagon.
  8. Je suis sûr qu’on pourrait utiliser un fond de carte OpenStreetMap à la place d’un fichier svg. Une idée à creuser.
  9. Assez surpris de l’absence totale de peinture islandaise sur Wikipedia, en passant.

Prototypage rapide d’entités Wikidata

W

ikidata est un projet puissant, mais pour pouvoir en profiter, il faut le remplir. Bien sûr, il est possible d’ajouter des données à la main directement sur le site : ça fonctionne sans souci mais que faire quand on a plusieurs dizaines d’entrées ? Plusieurs centaines ? Avec le temps, quelques outils ont vu le jour permettant d’automatiser un peu ce processus, comme l’indispensable QuickStatements ; là encore, il faut bien lui fournir les données qu’il mange et tout ceci est parfois bien fastidieux. Est-ce qu’on ne peut pas aller plus loin ?

Une entrée wikidatienne sur un être humain, par exemple, possède des champs plus ou moins codifiés :

  • Une nature de l’élément égal à Q5, « être humain »
  • Un genre (masculin, féminin, etc.)
  • Une date et un lieu de naissance
  • Une date et un lieu de décès
  • Un pays de nationalité
  • Une occupation
  • Un prénom et un nom de famille

Toutes ces propriétés ne se rencontrent pas à chaque fois et on peut en rajouter d’autres, mais est-ce que ça ne serait pas intéressant d’avoir une sorte de formulaire où on se contenterait de remplir les cases correspondantes, histoire de créer rapidement un squelette d’entité Wikidata ? Pour voir, j’ai codé l’utilitaire « human » : vous mettez ce qu’il faut dans les champs, vous appuyez sur le bouton et il produit le code à destination de QuickStatements. J’ai le sentiment qu’on peut ainsi gagner du temps et on n’oublie rien.

Histoire d’aller un peu plus loin, je me suis penché sur la base Joconde, qui a le goût d’être remplie avec pas mal de soin. J’en ai sorti un autre utilitaire, baptisé Joconde parce que je suis un gars avec une imagination débordante. Sa fonction : parser une fiche Joconde, en retirer les champs qui vont bien (titre, auteur, sujets représentés, etc.) et présenter le résultat dans un formulaire pour correction avant envoi à QuickStatements. Les champs corrigés sont stockés en base, histoire que si l’utilitaire puisse ressortir la correction s’il retombe dessus (comme ça, « MONET Claude » est automatiquement corrigé en « Claude Monet, peintre français, Q296 »). On y gagne du temps.

Personnellement, je pense que cette idée de formulaires pré-remplis est à creuser, pour Wikidata. Qu’en pensez-vous ?

PS : j’imagine que mon outil pour Joconde doit enfreindre des milliers de lois, de licences et de copyrights. Je laisse le soin aux Wikimédiens que ça intéresse de discuter de la chose et de décider s’il faut supprimer toutes mes contributions. Prévenez-moi juste du résultat final.

(Image d’en-tête : détail de La Joconde, par Léonard de Vinci (domaine public))

Mise à jour du 28 septembre 2016 : j’ai placé le code des outils en question sur GitHub : https://github.com/PoulpyFR. Bien sûr, c’est codé n’importe comment et pas commenté. 🙂